The « Berkeley School of Antitrust »

Version française
(english below)

Si l’honneur d’avoir une école de pensée à son nom n’est jamais que reconnu par un cercle académique limité, il n’en demeure pas moins enviable. Ainsi ai-je évoqué la néo-Ecole de Chicago dans un article récent (lien), exhortant les auteurs qui se revendiquent de cette dernière d’intégrer la variable « innovation » à leurs analyses afin de ne pas perpétuer les vieilles habitudes de l’Ecole de Chicago qui analyse le processus concurrentiel par la seule variable « prix ».

Dans le même temps, le très grand nombre d’articles de doctrine traitant de l’innovation en droit de la concurrence qui sont écrits par des professeurs de l’Université de Berkeley ou publiés par les différentes revues de cette dernière tend à légitimer l’étiquette d’ « École de Berkeley » – avec laquelle je précise n’avoir aucun lien. Une nouvelle façon de penser le droit de la concurrence s’en dégage ainsi. Démonstration.

I. Les articles des professeurs (et intervenants) de l’Université de Berkeley

  • Aaron Edlin (voir notamment The Role of Switching Costs in Antitrust Analysis: A Comparison of Microsoft and Google, YALE J.L. & TECH. 15 (2013)) : cet article analyse les « coûts de transfert » engendrés par le changement d’une technologie. Il permet ainsi d’aborder la question du verrouillage du consommateur.
  • Hanno Kaiser (voir notamment Are « Closed Systems » an Antitrust Problem?, 7 COMP. POL’Y INT’L91 (2011)) : cet article défend les systèmes fermés dans lesquels les propriétaires n’acceptent pas de contenu en provenance de tiers. Notons que Hanno Kaiser enseigne également un cours intitulé « Silicon Valley Antitrust ».
  • Stephen M. Maurer (voir notamment Rethinking Antitrust and Innovation Policy for the Age of Commercial Open Source,  2012 UTAH L. REV. 269 (2012)) : cet article analyse l’aspect pro-concurrentiel des systèmes informatiques ouverts tout en soulignant le risque de constitution d’ententes.
  • Pamela Samuelson (voir notamment Are Patents on Interfaces Impeding Interoperability?, 93 MINN. L.REV. 1943 (2009)) : cet article propose d’étudier la tension entre les brevets et l’interopérabilité des produits, ainsi que les quelques pistes visant à les concilier.
  • Daniel L. Rubinfeld (voir notamment The Hidden Costs Of Free Goods: Implications For Antitrust Enforcement, 80 ANTITRUST L.J. 521 (2016)) : cet article analyse le coût des biens proposés gratuitement au consommateur ainsi que les différentes stratégies anti-concurrentielles qui s’y rattachent.

II. Les articles « clés » des revues de l’Université de Berkeley

  • Nathan Cortez, Regulating Disruptive Innovation, 29 BERKELEY TECH. L.J. 175 (2014) : cet article dresse le portrait des sanctions que doivent prononcer les autorités de concurrence à l’endroit des innovations de rupture.
  • Alan Devlin & Michael Jacobs, Anticompetitive Innovation and the Quality of Invention, 27 BERKELEY TECH. L.J. 1 (2012) : cet article adresse la problématique de l’innovation prédatrice. Il prévoit la création d’une règle de légalité per se dans de très nombreuses situations.
  • Wendy Seltzer, The Imperfect Is the Enemy of the Good: Anticircumvention Versus Open User Innovation, 25 BERKELEY TECH. L.J. 909 (2010) : cet article analyse les aspects pro et anti-concurrentielles des systèmes informatiques ouverts et fermés.
  • Fred Von Lohmann, Fair Use as Innovation Policy, 23 BERKELEY TECH. L.J. 1 (2008) : cet article – dont la dominante est la propriété intellectuelle – analyse les différentes implications de la création de copies privées.
  • David McGowan, Between Logic and Experience: Error Costs and United States v. Microsoft Corp., 20 BERKELEY TECH. L.J. 1185 (2005) : cet article étudie le volet américain de l’affaire Microsoft sous l’angle duquel il évoque la question cruciale des erreurs judiciaires.

Ces articles prennent tous le parti d’analyser le caractère dynamique et mouvant du droit de la concurrence. Les problématiques habituelles de prédation tarifaire laissent place aux différentes stratégies de prédation non-tarifaire qui tendent à se développer de façon exponentielle. Il est heureux qu’une partie de la doctrine s’y intéresse.

Peut-être en parlera-t-on ainsi – dans une décennie ou deux – de la faculté de Berkeley comme étant la première à avoir véritablement donné sa place à l’innovation en droit de la concurrence. Peut-être reconnaitra-t-on qu’elle a ainsi aidé à faire disparaître le spectre de la concurrence statique qui ronge encore les analyses de trop de juridictions et autorités. Souhaitons-le, pour Berkeley, et pour le dynamisme de notre matière.

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English version
(française au dessus)

A limited academic circle recognizes the honor of having a « school of thought » to its name, but it remains enviable. I mentioned the neo-Chicago School in a recent article (link), urging the authors who claim to be part of it to incorporate « innovation » into their analyses in a way not to perpetuate the old habits of the Chicago School who only analyzed the competitive process through « price ».

At the same time, the large number of academic articles dealing with innovation in antitrust law that is written by professors from the University of Berkeley and published in its various journals tends to legitimize the label of « Berkeley School » – with which I have no connection, should I precise. In sum, a new way of thinking about antitrust law emerges from its teachers and articles. Here is a quick demonstration.

I. Articles by the Professors from the University of Berkeley

  • Aaron Edlin (see The Role of Switching Costs in Antitrust Analysis: A Comparison of Microsoft and Google, YALE J.L. & TECH. 15 (2013)): this article analyzes the « switching costs » caused by the change of technology. It thus examines the degree of consumer lock-in.
  • Hanno Kaiser (see Are « Closed Systems » an Antitrust Problem?, 7 COMP. POL’Y INT’L91 (2011)): this article defends the closed systems in which the owner do not accept external content. Please note that Hanno Kaiser also teaches a class called « Silicon Valley Antitrust ».
  • Stephen M. Maurer (see Rethinking Antitrust and Innovation Policy for the Age of Commercial Open Source,  2012 UTAH L. REV. 269 (2012)): this article analyzes the pro-competitive aspects of open source IT systems while stressing the risk of creating cartels.
  • Pamela Samuelson (see her article entitled Are Patents on Interfaces Impeding Interoperability?, 93 MINN. L.REV. 1943 (2009)): this article proposes to study the tension between patent and products interoperability, as well as the different opportunities to reconcile the two.
  • Daniel L. Rubinfeld (see The Hidden Costs Of Free Goods: Implications For Antitrust Enforcement, 80 ANTITRUST L.J. 521 (2016)): this article analyzes the cost of free goods offered to the consumer as well as the various anti-competitive strategies that it implies.

II. The « keys » articles of the University of Berkeley journals

  • Nathan Cortez, Regulating Disruptive Innovation, 29 BERKELEY TECH. L.J. 175 (2014): this article profiles the different sanctions that should imposed by competition authorities in the matter of disruptive innovations.
  • Alan Devlin & Michael Jacobs, Anticompetitive Innovation and the Quality of Invention, 27 BERKELEY TECH. L.J. 1 (2012): this article addresses the issue of predatory innovation. It argues for the creation of per se legality rules in numerous situations.
  • Wendy Seltzer, The Imperfect Is the Enemy of the Good: Anticircumvention Versus Open User Innovation, 25 BERKELEY TECH. L.J. 909 (2010): this article analyzes the pro and anti-competitive aspects of open and closed IT systems.
  • Fred Von Lohmann, Fair Use as Innovation Policy, 23 BERKELEY TECH. L.J. 1 (2008): this article – whose dominant is intellectual property – studies the various implications of private copies creation.
  • David McGowan, Between Logic and Experience: Error Costs and United States v. Microsoft Corp., 20 BERKELEY TECH. L.J. 1185 (2005): this article analyzes the Microsoft case by which it evokes the crucial question of judicial errors.

These different articles all feature analyzes about the dynamic and changing nature of antitrust law. The usual theme of tariff predation is traded for non-tariff predation strategies that tend to grow exponentially. It is very fortunate that part of the doctrine shows interest in it.

Perhaps will we speak – in a decade or two – about the Berkeley faculty as being one of the first to have truly emphasizes the importance of considering innovation in antitrust law. Perhaps will we recognize its contribution in removing the specter of static competition that is still gnawing the analyses of too many courts and competition authorities. We hope so, for the Berkeley faculty and for the dynamism of antitrust law.

By Thibault Schrepel

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